En juin dernier une effervescence s’est emparée d’internet dès l’annonce de la dissolution par Emmanuel Macron : posts sur les différents partis, édits sur Tiktok, et même ASMR version Front Populaire relayés sur Instagram… Les créateur.ices autour de l’horreur et du cinéma de genre sur internet n’ont pas échappé au phénomène. Après être allée interroger plusieurs acteur.ices du secteur, petit retour sur l’engagement en ligne et l’ambiance politique chez celle.eux qui aiment avoir peur.
« Bon bah, finalement on a vu les résultats ». Au milieu de leur trentième épisode, les animateurs et animatrices du podcast l’Horreur du Dimanche1 changent brièvement de ton : i.els viennent pendant leur jingle musical de prendre connaissance des résultats des européennes. Le Rassemblement National est arrivé nettement en tête. Rires jaunes et soupirs, toustes décident de reprendre l’épisode, avant d’être de nouveau perturbés, cette fois lorsqu’iels apprennent la dissolution de l’Assemblé nationale par Emmanuel Macron. « Nan, mais attends, c’est réel ça ? C’est l’épisode de la dégringolade là » souffle Léo avant que sa co-host, Camille, tente une conclusion douce-amère : « Nous on va continuer à se retrouver et à parler de choses où il y a de l’horreur et c’est censé être de la fiction ».
Cet épisode est une capsule temporelle de l’ouverture de cette période si particulière qu’ont été les élections législatives anticipées entre juin et juillet 2024 en France. Son introduction est un message de remise en contexte de Thomas, animateur du podcast, qui se conclut par une prise de position claire concernant le vote à venir :
« Je prends donc la parole au nom de mes camarades pour vous enjoindre à soutenir aux législatives des alternatives démocratiques plus respectueuses envers les plus démunis et solidaires des luttes sociales, culturelles, féministes, par exemple, qui nous tiennent à cœur ».
Les podcasteur.ices de L’Horreur du Dimanche sont loin d’être les seuls à prendre position à plus ou moins haute voix contre le Rassemblement National durant cette période. Les réseaux sociaux particulièrement sont devenus avant et durant l’entre-deux tours le théâtre privilégié de conflits idéologiques publics. Et les influenceurs, influenceuses, créateur.ices de contenus sur internet sont nombreux.euses à avoir pris position en ligne. Parmi elle.eux, les créateuri.ces autour de l’horreur et du cinéma de genre représentent un exemple condensé de cette ébullition numérique, traduisant les spécificités de sa position en général et sur internet.
Nouveau militantisme en ligne
“ Nos auditeurs.ices le savent très bien, comme en témoignent nos différentes prises de position au fil des épisodes de JUMPSCARE, mais pour celles et ceux qui en doutaient encore : nous ne cautionnons pas la montée de l’extrême droite”. C’est sur ces mots que s’ouvre la tribune2 publiée le 18 juin sur X et Instagram du podcast JUMPSCARE3. Un podcast “qui aime les films d’horreur”, monté il y a un an et demi par une équipe de six passionné.es pour discuter cinéma de genre, d’horreur et d’épouvante.
“ On avait dit qu’on allait faire un post au final parce qu’on a beaucoup plus de reach (*de portée, d’audience) sur les réseaux sociaux, dans le sens où l’épisode il va juste faire ses écoutes habituelles, alors que le post il va circuler 5, 6, 7 fois plus” m’explique Romain, fondateur de JUMPSCARE. L’idée était d’être le plus clair et le plus efficace possible. “La Tribune a été notre record de partage, de like, de commentaires, quasiment en une heure ” se réjouit-il.
I.els sont également signataires d’une tribune publiée le 17 juin sur le Club de Mediapart rassemblant 300 personnalités du monde d’internet qui s’engagent publiquement contre l’extrême droite4. De nombreuses créateur.ices de contenus ont pris la parole contre le Rassemblement National durant cette période et/ou embrassé leur rôle en tant que relais d’informations. En faisant circuler des appels aux votes, en déconstruisant le programme du RN, comme l’a fait dans une vidéo Crazy Sally, ou en prenant position politiquement pour la première fois comme Squeezie. « Je n’avais jamais vu autant de mobilisation politique sur internet pour une élection, c’est assez exceptionnel », avait commenté le streameur Ponce (propos recueilli par l’AFP)5.
Comme l’explique le journaliste indépendant Vincent Manilève lors de ses lives sur Twitch6 durant cette période : “ Le terrain numérique, c’est un terrain de campagne ” dans lequel les influenceurs sont “chambres d’écho, d’influence et d’information ”. Un terrain déjà très investi par le Rassemblement National qui se met en valeur sur Tiktok avec des vidéos de Jordan Bardella en train de manger des bonbons, de mettre en valeur ses muscles ou se vantant de ses performances sur Call of Duty.
“ Parce qu’en face, l’extrême droite, a vraiment pas peur de l’ouvrir, de désinformer, elle a pas peur de parler, de faire du bruit… et je pense que c’est là où nous on avait perdu un peu la bagarre pendant un petit moment ” Romain (JUMPSCARE)
Comme le théorise la docteure en droit Coralie Richaud : “En tant que véhicules privilégiés de la liberté d’expression et vecteurs des contestations citoyennes ou de la « citoyenneté critique », les réseaux sociaux se sont imposés comme les nouveaux espaces de la contestation et de la reconstruction de la politique dès lors que les internautes sont « progressivement devenus des acteurs du Web »7. L’engagement en ligne et la prise de position prennent de plus en plus d’importance ces dernières années, notamment pour les générations qui ont grandi avec internet et qui attendent de personnalités qui les accompagnent depuis plusieurs années d’être transparentes sur leurs positions politiques.8
Cet appel à la clarification politique secoue internet durant les législatives, miroir des prises de position qui ont pu être demandées aux célébrités sur la question de la Palestine ou plus récemment des élections américaines. “ Les gens étaient soulagés qu’on fasse un appel au vote ” me dit Amélie, l’une des ses corédacteur.ices, par rapport à la tribune de JUMPSCARE. Et souligne son caractère exceptionnel “ On n’avait jamais vu ça en termes d’urgence politique nulle part, et on a des auditeur.ices qui se sont demandé.es où est-ce qu’on était ” explique Romain.
La Culture, grande absente du débat
“ Le milieu du cinéma est peut-être celui qui a pris le moins position, comparé au domaine musical, à celui de la littérature ou des arts graphiques et plastiques. Il y a eu des prises de position individuelles, mais très peu de communiqués collectifs dans le domaine du cinéma ” analyse Camille qui tient le compte Instagram L’Horreur est Humaine, curation de “Cinéma d’outre-tombe” 9.
Engagé historiquement contre l’extrême droite et pourtant grand délaissé des sujets de campagne, le secteur culturel a peiné à faire entendre une voix et une mobilisation commune durant les législatives. Notamment parce qu’il n’a pas été désigné par les médias comme un interlocuteur important. Alors que les influenceur.euses, si. On ne compte plus les articles sur la prise de position de Squeezie, les sorties sur twitter de Mr MV ou qui posent la question de l’influence réelle de ces créateur.ices de contenu sur “ les jeunes ”.
Majoritairement investie par les streamer.euses et influenceur.euses jeu vidéo, la mobilisation des acteur.ices d’internet compte beaucoup moins de créateur.ices de contenu autour de la culture, et notamment du cinéma. Un bon exemple en est que sur les 316 signataires de la tribune de Médiapart, seul.es 36 traitent de cinéma et de pop culture. Et parmi eux, les créateur.ices autour de l’horreur ont été parmi celle.eux qui ont appelé le plus clairement à voter contre l’extrême droite.
Dans ce contexte, s’intéresser à la voix qu’ont porté les amateur.ices de cinéma de genre en ligne contre le RN, c’est s’intéresser à ce statut particulier qu’iels ont, porteurs de revendications qui concernent à la fois leur individualité mais également l’art spécifique qu’iels aiment et défendent, entre culture légitime (le cinéma, l’art …) et contre-culture (… qui fait peur).
Une histoire d’internet
“Je sais pas si c’est parce que c’est notre génération et qu’on est arrivé à un moment où ceux qui savent utiliser ces outils numériques les utilisent ou si c’est parce que l’horreur a pris un nouveau tournant en médiatisation ou… Je suis trop content de pouvoir ouvrir Instagram et de voir d’un coup quelqu’un qui parle d’un film d’aérobicsplotation , trop cool quoi ” VeryNastyStories
Mêlant le monde de la critique culturelle et de la création de contenus sur internet, les créateur.ices traitant des films d’horreurs et de l’horreur en général représentent un courant spécifique de la cinéphilie en ligne.
« L’horreur, le cinéma horrifique, le cinéma d’exploitation, est vraiment une communauté très réduite (…) c’est une communauté qui est hyper active, hyper fidèle, et en général on se connaît tous par internet » m’explique VeryNastystories, qui parle de culture LGBTQ+ dans le cinéma d’exploitation, principalement sur Tiktok et également Instagram10. Cette communauté à laquelle il fait référence est à la fois celle de nouvelles voix et la suite logique de pratiques plus anciennes.
L’âge d’or des forums durant les années 2000 est le lieu de rencontre privilégié des fans de cinéma, de pop culture, et parmi eux des fans de cinéma de genre. VeryNastystories me parle ainsi de ses débuts « sur un forum qui s’appelait horreur web, et qui m’a, en fait, fait toute ma culture de cinéma d’exploitation, quand j’avais 14/15 ans et que les forums étaient vraiment à la mode, que c’était là où tout le monde piochait ses infos. Et ensuite j’ai viré sur Instagram avec un compte beaucoup plus personnel ». « J’ai passé des nuits entières dans les forums de DVDRAMA » me raconte également Matthieu de la chaine Youtube Le Coin du Bis11. Camille décrit une expérience similaire et pense que : “ Dans la communauté du cinéma de genre, il y a pas mal de geeks, ce n’est pas négatif venant de moi, beaucoup de personnes qui très tôt ont fréquenté les forums liés aux jeux vidéos, à la littérature aussi ! (…) Ces personnes ont construit leur sociabilité, à l’adolescence, autour de ces pratiques ”.
De ces rencontres émerge l’idée de communautés et la constitution de groupes en ligne spécialisés dans ces domaines particuliers que sont le genre, l’horreur et les différentes catégories qui y sont rattachées (cinéma bis, Body horror, Giallo…etc). Et aujourd’hui c’est également sur les réseaux sociaux que se consolident ces communautés autour du cinéma de genre, avec des amateur.ices d’horreur et/ou createur.ice de contenu qui se retrouvent maintenant sur X, Instagram et Tiktok. Et c’est tout naturellement sur ces réseaux, également très investis par l’extrême droite, que ces communautés autour de l’horreur vont prendre la parole durant les législatives pour le Nouveau Front Populaire et contre le Rassemblement National.
Engagement en ligne de cell.eux qui ont peur
« Pour ma survie à moi et pour la survie de ma passion en plus ça fait quand même deux critères, bien sûr que je ne me voyais pas ne pas prendre position». Very Nasty Stories
Lors de l’écriture de la tribune de JUMPSCARE, les podcasteur.euse cherchent à prendre position en soulignant l’impact que l’arrivée au pouvoir du Rassemblement National pourrait avoir sur la création culturelle.
“ En tant que passionnés de cinéma, il nous paraît impensable de soutenir la montée d’un parti qui veut supprimer les régimes spéciaux comme l’intermittence du spectacle, indispensable à la création de films. ” (Tribune de Jumpscare)
“ En dehors du fait qu’on s’engageait en tant que personne, il fallait aussi dire que le passage à l’extrême droite, ça pouvait avoir des conséquences sur l’art qu’on aime et la manière dont il est produit. (…) c’était un engagement de cinéphile et un engagement d’humain ”, m’explique Amélie.
Des prises de position similaires chez les créateur.ices autour de l’horreur se font par exemple via des tweets, comme chez Feldup ou Demoiselles d’Horreur qui ont transformé temporairement comme d’autres leur compte pour laisser beaucoup ou uniquement de la place pour le relais d’une parole engagée contre le RN sur toute la période des législatives.

Judith de Demoiselles d’Horreur, qui parle des personnages féminins des films d’horreur sur Youtube et en podcast12, m’explique : “ L’envie de donner de la voix pour les luttes auxquelles je tiens est venue avec le nombre de followers. Avoir une audience représente une responsabilité et face au danger de l’extrême-droite, c’est un devoir que d’enjoindre tout le monde à se battre ”. Même chose du côté de Jessica, qui tient le blog Bon Chic Bon Genre13, qui relie cinéma de genre et représentations : “ Ça me paraissait évident de par mon passé militant et ma ligne édito on va dire (de s’engager) mais ça me paraissait aussi évident parce que c’était effectivement, c’est toujours une situation grave et inquiétante ”.
Quitte à mettre de côté pour un temps sa ligne édito justement ? “ Les enjeux étaient tellement importants que j’ai décidé que ce n’était pas grave si le cinéma devenait moins présent dans mes posts, au moins pendant un temps. L’urgence politique ne souffrait, et ne souffre toujours, aucune excuse qui justifierait de ne pas appeler à faire barrage à l’extrême-droite. De plus, mon domaine d’activité est directement menacé par le programme du RN, donc il me semblait d’autant plus pertinent de participer à la révolte ” résume Judith.
De la même manière, si certain.es prennent la parole en leur nom, beaucoup relaient pour prendre position la tribune de JUMPSCARE, qui est utilisée comme a pu l’être celle de Squeezie pour prendre la parole de manière détournée. “Ça a un peu créé un gang. Une sorte de masse de messages et de placements. Genre Demoiselles d’Horreur, qui a ensuite été soutenue par les médias chez qui elle bosse, dont Chillz et Shadowz qui est un gros média horrifique” m’explique Romain.
Un relais pour prendre position, qui soude la communauté, mais est parfois aussi une nécessité. “Moi sur Instagram j’ai déjà reçu des messages pas très cools, sur le fait que je sois gay ou sur le fait que je politise des films que les gens pensent qu’on ne devrait pas politiser. Donc j’avais pas envie non plus de m’attirer des choses comme ça, en publiant une vidéo ensuite qui reste et qui peut engendrer beaucoup trop de messages pendant beaucoup trop longtemps. Donc j’ai préféré relayer la tribune de Jumpscare, qui me paraissait très juste et qui disait un peu tout. (…) Moi je suis un petit compte, je suis pas quelqu’un de très connu, donc en fait les insultes vont vite et moi je me sens pas protégé. Moi quand je reçois un message mauvais sur tik tok, personne ne prend ma défense, personne, il y a que moi seul qui va répondre. J’assume totalement que j’aimerais mieux être tranquille” me raconte VeryNastystories. Jessica, elle, m’explique faire très attention aux mots qu’elle utilise sur twitter, ne jamais commenter d’autre tweets pour ne pas rentrer dans “une spirale”.
Un phénomène qui a pu être observé chez d’autres médias culturels plus généralistes, mais aussi dans ceux plus proches du cinéma de genre, comme par exemple Nanarland, qui exprime son désaccord avec le Front National en repostant le jour du second tour de vieux gifs de films où on tape sur des nazis : “ Twitter (X) est un endroit extrêmement toxique pour ce genre de discussions et je souhaite juste pas m’aventurer sur ce terrain-là, que ce soit avec Nanarland ou même si j’avais un compte personnel ” m’explique Julien, en charge du compte X de Nanarland. “ Il m’arrive parfois d’engager des discussions mais toujours autour du thème du cinéma avec d’autres personnes que j’apprécie sur le réseau mais globalement, non, notre ligne éditoriale fait qu’on reste quand même, on a décidé délibérément de rester dans notre domaine. (…) On a eu une discussion pour décider qu’on ne souhaitait pas prendre position de façon ouverte et ensuite faire des retweets de vieux tweets ça a été une décision de ma part mais qui n’a pas du tout provoqué de débat ”.
Sur Instagram, les codes sont évidemment différents. On donne de la voix majoritairement via les storys et la prise de position se fait beaucoup plus par relais ; on va partager la tribune de JUMPSCARE, du contenu venant de compte explicitement militant ou directement de celui du NFP, beaucoup plus que sur X. Les prises de position pérennes comme les posts sont aussi plus rares chez nos créateur.ices.
Une bulle de gauche
“Il y a une petite bulle à l’intérieur de la communauté qui s’est créée et qui a dit “Coucou, on est là, et on créé une safe place entre nous un peu”. et ça se ressent aussi dans le soutien s’apporte entre nous” Very nasty Stories
La prise de position claire réclamée par leur audience à d’autres personnalités d’internet a été dans le milieu de l’horreur, notamment sur X et Instagram, souvent la confirmation de bulles numériques où l’amour pour le cinéma de genre était relié à des valeurs politiques communes.
“On espère que pour les jeunes et les meufs qui écoutent le podcast, ils savent que c’est une safe place.” Amélie
Les réactions négatives aux prises de positions contre le RN, en commentaire ou par message, sont peu nombreuses, et viennent souvent de comptes qui ne suivaient pas les créateurs ou créatrices. Malgré tout certains messages reçus expriment une violence évidente et beaucoup des interrogés évoquent des craintes de cyberharcèlement avant de prendre position, outil classique de la violence en ligne mais surtout de celle de l’extrême droite, habitué des « raids ». Chez les créateur.ices autour de l’horreur c’est cette crainte plutôt que celle de la perte de partenariats et des financements, très peu présents dans leurs modèles économiques, qui est majoritaire.

“Une autre problématique qu’on s’est posé pendant la création de cette tribune c’était comment assurer derrière qu’il n’y ait pas de cyber harcèlement des membres de l’équipe. (…)Parmi les réactions négatives, sur twitter tu peux être ajouté à des listes qui facilitent le cyber harcèlement. T’as des mecs qui créent des listes de compte, et tu es notifié si tu es dans une de ces listes. (…) On est entre le nazisme et le troll, mais les deux vont souvent très bien ensemble malheureusement. Au moins, on s’est mangé quelques insultes, mais on a quand même bien rigolé.” Romain de JUMPSCARE

“On s’est quand même pris principalement des messages de soutien. Et ceux qui ont écrit des messages « méchants » ça allait, c’était pas beaucoup et c’était les trucs habituels. C’était même des gens qui nous connaissaient pas en fait” me dit Amélie. Matthieu du Coin du Bis, aussi podcasteur sur JUMPSCARE, m’explique également : « Il s’est produit quelque chose que je n’avais pas forcément anticipé mais qui est très positif : les personnes qui n’étaient pas d’accord d’un point de vue politique avec ce qu’on avait exprimé dans cette tribune se sont barrées d’elle-même. Et à titre personnel, je me suis rendu compte que je n’avais pas perdu beaucoup de personnes dans mes followers ou dans mes abonnés. Dans les deux ou trois jours qui ont suivi la publication j’ai perdu entre 15 et 20 abonnés. Ça ne représente presque rien. »
“J’ai perdu plus d’une centaine de followers mais ça fait du ménage !” raconte de la même manière Effy14, vidéaste, twitcheuse, et chroniqueuse entre autres sur le média horreur Chillz “Je préfère largement que l’on me suive pour les bonnes raisons et que les personnes qui aiment mon travail soient sur la même longueur d’onde que moi. Et tout ce qui se passait était trop important pour ne pas en parler… “
Globalement la parole se relaie et fait consensus dans la communauté horreur et genre en défaveur du RN, en tout cas chez celle.eux qui prennent la parole. Et pour ça, beaucoup mettent en avant l’horreur en soi et des figures de l’horreur représentatives en les associant à des valeurs progressistes. Comme dans les posts de Camille de L’horreur est humaine où “Les Monstres emmerdent le Rassemblement National”, où encore une fois dans la tribune de Jumpscare “En tant que passionnés d’horreur, il nous paraît impensable de soutenir un bord politique connu pour avoir censuré à plusieurs reprises ce qui n’allait pas dans son sens.”(Tribune de JUMPSCARE)

Au-delà des dangers concrets qui alarment les passionné.es par rapport à l’art en général au cinéma en particulier, comme la privatisation de l’audiovisuel ou la proposition par le RN de mettre fin à l’intermittence, pour beaucoup des créateur.ices interrogé.es et leur public, le cinéma de genre semble l’incarnation d’un certain nombre de valeurs à l’opposé de celles du Rassemblement National.
Politique et frissons
Du coup le film d’horreur un genre plus politiquement orienté à gauche que les autres ? Toustes les créateur.ices interrogé.es partent du principe que l’art en général en tout cas est un objet d’étude politique et y pointent toustes une spécificité du cinéma d’horreur, pour des raisons souvent proches, mais pas forcément semblables.
“ La première fois que j’ai vu La nuit des morts vivants, je devais avoir 14/15 ans donc j’avais pas non plus conscience du monde dans lequel je vivais pleinement, et d’un coup je vois dans le film un personnage afro-américain qui se fait tuer par les flics à la fin avec une musique un peu ironique, et le film se finit comme ça, et je me dis c’est bizarre que ça se finisse comme ça. Alors évidemment j’ai pas le discours politique qui me vient tout de suite en tête, parce que j’ai 15 ans, parce que j’ai grandi en France.. Mais si j’avais pas vu ce film-là j’aurais peut-être compris tout ça plus tard “ Very Nasty Stories
Ce n’est pas seulement ce qu’il dit, mais également et peut être surtout ce qu’il montre qui fait de l’horreur un art à part dans le geste politique. Cinéma de monstres et de symboles, l’horreur se prête à la métaphore. Et comme le dit également Very Nasty stories : “En choisissant d’illustrer ce cinéma, on ne peut pas être neutre”.
Devant le sang et les tripes, ou tout simplement le bruit d’une porte qui grince, il y a l’œil du spectateur.ice et ce qu’on vient y chercher. Malaise, angoisse, effroi ou même dégoût, émotions en tout cas violentes, inconfortables, cathartiques… ou juste intrigantes. “Quand ça dérange, tu te poses des questions, tu réfléchis, ça peut heurter tes préjugés sur pas mal de choses” me dit Judith. Jessica y voit une forme d’apprentissage : “Je pense que chez moi ça a sûrement développé une certaine empathie, tu vois, d’avoir plusieurs représentations de monstres et de problématiques d’injustice”. On voit la souffrance de l’autre, pourquoi il souffre et on se demande ce que ça dit de nous qui sommes en train de regarder cette souffrance.
Voir le cinéma de genre comme une exploration de l’autre, c’est le voir comme vecteur de message sociaux. Que ce soit le monstre, celui qu’on montre du doigt, ou l’étranger, celui qu’on ne comprend pas et qui ne nous ressemble pas. Ce qui le désigne également comme le parfait refuge des marginaux, des désigné.es comme inadapté.es, que ce soit derrière ou devant la caméra.
“Pour moi le cinéma de genre c’est un cinéma queer, en tout cas qui est traversé par des problématiques depuis sa création, et par des créateurs et des créatrices, forcément, comme c’est un cinéma marginal, en tout cas qui ne dépend pas de la culture dominante, ce sont ceux qui ont investi ce cinéma-là, pour diffuser leurs idées, leurs problématiques… et même Murnau, « Nosferatu, c’est un réalisateur gay, et maintenant, aujourd’hui on a une relecture queer coded de ce genre de film. (…) le cinéma d’horreur en dehors de son côté gore, parfois burlesque, parfois grotesque, il va chercher quelque chose d’un peu intime sur notre rapport aux autres.” Amélie (JUMPSCARE)
L’horreur paraît donc le parfait véhicule pour des idées d’égalité et de progrès social. Et ça semble d’autant plus logique qu’il a beaucoup été mis en valeur ces dernières années pour des films qui avaient justement cette prétention, que ce soit tout le travail de Jordan Peele, The Witch de Robert Eggers (2015),The Invisible Man de Leigh Whannell (2020)… etc.
Mais en réalité, c’est aussi surtout une idée très contemporaine. Ce que me résume très bien Camille de l’Horreur est humaine en nuançant la portée politique du genre horrifique : “ On a surtout beaucoup de fantasmes sur l’aspect politique du cinéma d’horreur, ou plutôt sur son point de vue qui serait par essence en faveur du progrès social. Le cinéma d’horreur c’est un média de base, donc on peut l’utiliser d’un tas de manières différentes. (…) Ce qui m’intéresse c’est comment les esthétiques, ici du cinéma, disent quelque chose des identités individuelles et communautaires, comment elles nous construisent. (…) on peut dire que l’horreur est toujours politique parce qu’elle se saisit d’un contexte de violences sociales, d’un contexte de peurs partagées.”
Que ce soit le communisme dans un contexte de guerre froide pour L’invasion des profanateurs de sépultures, l’omniprésence des violences sexuelles faites aux femmes dans Teeth ou encore la crise du logement hongkongais pour Dream House, le cinéma d’horreur et de genre s’empare de son présent. Il est reflet des peurs, préoccupations ou psychoses de son époque, produit par les circuits parfois les plus en marge de son industrie, avec un gros potentiel contestataire parce que souvent fait par et pour celle.eux hors ou juste à côté des clous.
Un monde en mouvement
L’horreur est donc une caisse de résonance politique, ce qui se ressent également dans sa pratique en ligne. Écho isolé de la bataille idéologique en cours en ligne lors des législatives, les prises de positions des créateu.rices cité.es pour la plupart très engagé.es sont également au quotidien en réaction d’un monde de l’horreur encore par aspect très conservateur. Ce dont témoignent en particulier les créatrices interrogées.
Amélie exprime très vite en interview que “Souvent ça impacte que je sois une femme, c’est à dire que les mêmes propos qui sont tenus par Matthieu vont très peu être relevés alors que nous les filles de Jumpscare que ce soit Mylène Lili ou moi quand on a un propos féministe ou un propos politique plus marqué c’est plutôt nous qui allons nous faire entre guillemet reprendre”. Et effectivement parmi les seules “polémiques” que traverse le podcast, la plupart sont liées à un angle politique porté par une des podcasteuses, comme dans l’exemple que me cite plus tard de nouveau Amélie : “J’ai juste eu le malheur de rappeler que le cinéma de genre est traversé par des problématiques queers au sens large et des jeunes garçons sont venus m’expliquer que j’avais pas dû voir beaucoup de films d’horreur pour dire quelque chose comme ça et que j’avais dû me mettre au cinéma de Genre la veille”.
“Il y a une montée de représentant.es qui essaient de faire entendre leurs voix ! Mais ce ne sont pas nous les plus mis.es en avant…!” affirme Effy “Heureusement qu’il y en a comme Demoiselles d’Horreur, Taous Merakchi, mon amie des Livres de la Crypte ou encore L’Horreur est humaine. Mais malheureusement le milieu de l’horreur est aussi gangrené par une grosse partie de conservateurs qui ne comprennent rien au cinéma d’horreur…”.
Matthieu explique également ces réactions en les rapprochant d’un protectionnisme lié à l’aspect marginal du cinéma de genre : « Le cinéma bis, ça a toujours été un truc de niche, et il y a une espèce paradoxe parmi les personnes qui aiment ce cinéma (et je m’inclus dedans), c’est qu’on a à la fois très envie de partager ça au monde, de le faire découvrir à un maximum de personnes parce qu’on estime que ça en vaut la peine, et en même temps on a aussi envie de le garder un peu pour nous comme une espèce de doudou. ». Jusqu’à en devenir conservateur.ice ? “Reste implantée dans ce milieu une forte présence de droite,” me dit Romain. “Pas nécessairement extrême, mais très contre les jeunes, les wokes (…) Et qui du coup vont plutôt voir la nouvelle scène qui arrive depuis un an et demi ou deux, qui les voit presque comme des bêtes de foire. J’ai beaucoup de réactions comme ça : « Ah bah c’est des petits jeunes, bien-pensants… »”.
Un écart entre deux visions du genre qui peut se manifester de manière concrète, comme lors de la projection du dernier film de Rose Glass au festival du BIFFF : “Sur Twitter j’ai pris position en juin dernier car j’étais à un festival de cinéma de genre pour mon taff et il s’est passé des choses très problématiques pendant la projection d’un film LGBTQIA+”, raconte Effy “lors de la première européenne du film de Rose Glass Love, lies, bleeding des propos lesbophobes, transphobes, racistes et j’en passe ont éclaté dans la salle. 15J’ai donc pris position sur Twitter (X) et Instagram pour que ce soit entendu et que le festival prenne des mesures.” Le festival s’est par ailleurs exprimé deux jours après sur Instagram, en qualifiant “les événements qui se sont déroulés” d’”inadmissibles”, réaction qui a à la fois été saluée par certain.es et jugée trop tiède par d’autres.
Pour Camille de L’Horreur est humaine : “Ce qu’il s’est passé au BIFFF lors de la diffusion de Love, lies, bleeding est révélateur de deux mondes qui s’opposent : une vision « beauf » hyper masculine et réactionnaire du cinéma de Genre et une vision plus progressiste qui commence à gagner du terrain(…) Un tas de créateurs de contenus se revendiquent « Anti Woke » et fustigent le cinéma de Genre de devenir une vitrine du wokisme. Pour moi,, ils existent par réaction. C’est le retour de bâton qui montre qu’il existe un progrès en face. (…) c’est un public profondément nostalgique d’une époque hyper-capitaliste, un public qui a une vision très consumériste du cinéma de Genre ”. Un public qui demeure malgré tout majoritaire ?
Un progressisme de plus en plus répandu
“Pour beaucoup de raisons, il me semble évident que s’il y a un lieu de lutte pour les femmes aujourd’hui dans le cinéma, c’est avant tout les films d’horreur. Mais ça fonctionne aussi pour les personnes queer, les personnes non-blanches, etc.” Judith de Demoiselles d’Horreur
Comme l’analyse Lena Haque, journaliste spécialisée pop culture16 : “Il y a des points de vue féminins, des points de vue différents, qui émergent dans l’horreur, après est-ce qu’il y en a assez ? Non. Est-ce que c’est assez diversifié ? Non. Est ce qu’il y a besoin de plus et qu’on a besoin de relégitimer ces paroles à cet endroit ? Évidemment”.
Pour en revenir au BIFFF, Amélie y voit plutôt une forme d’évolution. “Même si Love Lies Bleeding au BIFFF, ça a été une séance mouvementée, il ont fait le choix de projeter ce film, et en avant-première en plus. C’est pas anodin de mettre ça dans ta programmation quand tu es l’un des plus grands festivals de genre et de films fantastiques d’Europe. Je pense quand même que les choses évoluent. Non l’horreur n’est pas exclusivement un milieu masculin. Non l’horreur n’est pas un milieu exclusivement blanc. Je trouve quand même que ça se diversifie et que ça va dans le bon sens”.
Jessica explique également sentir un vrai changement : “Ce qui est sûr c’est que moi depuis que j’ai ouvert le blog, je trouve qu’effectivement ça s’est plus diversifié (…) J’ai l’impression en tout cas que les meufs ont plus osé prendre la parole parce que je pense qu’il y a souvent ce côté-là aussi, c’est de se sentir légitime à prendre la parole quand il y a plein de mecs qui sont là depuis longtemps”. Amélie abonde dans ce sens lors de son interview et fait remarquer au passage que ”Pour ça je me permets, on peut quand même remercier celles qui sont passées avant nous pour faire le taff. La S’horrorité, Judith (Demoiselles d’Horreur), (…) on arrive après elles, elles ont déjà fait le taff, elles ont déjà construit des communautés, elles ont permis à d’autres meufs de se reconnaître dans ces communautés-là (…) ».
Et l’évolution se fait dans les festivals, en ligne et derrière la caméra. “Je dirais que l’horreur a vraiment changé ces dernières années, notamment depuis Me Too, au moment où des réalisatrices s’emparent réellement du Genre et qu’un nouveau public, plus jeune, se ré-intéresse à cette forme cinématographique. Depuis quelques années on croise plus de productions qui ont une profondeur politique très marquée, moins de divertissement pur jus” me dit Camille. On peut penser par exemple au travail de la française Léa Mysius, de la Britannique Rose Glass déjà citée ou de l’anglo-iranienne Ana Lily Amirpour.
Amélie est plutôt optimiste sur l’ouverture du milieu à de nouvelle figures critiques : “Il y a des bastions, qui sont encore très blancs et très conservateurs et très masculins, mais dans la plupart des festivals que je fais aujourd’hui, aussi bien dans les films qui sont proposés, que dans le public et dans les intervenants et intervenantes quand il y en a, je vois quand même qu’il y a de plus en plus de filles, et qu’il y a de plus en plus de diversité, et il y a de plus en plus de propositions de programmation qui sont politiques”.
De l’importance des petites voix
“J’ai vu en deux/trois ans les réseaux que je fréquente envahis par l’extrême droite, par une dédiabolisation totale du racisme, du racisme surtout sur tik tok, où j’ai vu du jour au lendemain des édits sur Bardella et là je me suis dit : ça va être compliqué. (…)” Romain de JUMPSCARE
Les prises de positions des créateur.ices de l’horreur et du Genre durant les législatives sont donc également le reflet d’un milieu en mouvement. Et ont participé à cette évolution. Comme l’explique par exemple Amélie : “L’autre impact c’était les autres créatrices, qui nous ont dit « C’est cool de l’avoir fait, dans le milieu de l’horreur en plus c’est pas forcément facile, bravo d’avoir rédigé ça, votre texte il était chouette…”.
“Terrain numérique” de plus en plus investi par l’extrême droite, et qui a été vu pour beaucoup de créateur.ices d’internet comme un endroit à réinvestir, reconquérir, la mobilisation en ligne à été massive durant les législatives et retombe de manière logique aujourd’hui trois mois après. Mais même si aucune étude ne permet de savoir si elle a eu un vrai impact sur les résultats des législatives, elle a permis à de nouvelles voix d’exprimer une opposition à l’extrême droite, la constitution de mouvements citoyens et le renforcement d’une solidarité politique au sein de certaines communautés.
La “bulle de gauche” qui existe au sein du milieu de l’horreur a mis en valeur durant les législatives des valeurs intrinsèques à ce genre en opposition à celles de l’extrême droite. Pour les créateur.ices intérrogé.es, l’horreur et le genre sont directement menacés par essence par les ambitions politiques du RN. La plupart des interrogé.es expriment une évidence à prendre la parole durant la période des législatives. Mais iels ont également surtout agi par sentiment d’urgence et par peur. Sentiments qui perdurent.
“Normalement on devrait tous être d’accord sur le fait qu’on combat l’extrême droite et c’est tout. Et ça on l’a perdu. (…) En fait j’ai eu tellement peur que je me suis pas posé la question. Et j’ai encore peur” confie Jessica. “Pour moi ça reste aussi un prémisse de ce qui va se passer aux présidentielles. Donc s’ il faut commencer à essayer de sensibiliser les gens c’est pas à la veille de la présidentielle qu’il faudra le faire aussi, je pense que c’est quelque chose qui se fait dans le long terme.” Matthieu abonde dans ce sens : « Je pense que ce qu’on a obtenu avec l’élection de la gauche c’est juste un petit sursis. Le drame a simplement été repoussé à plus tard et ils ont encore le temps de s’organiser et de revenir plus bêtes et plus forts donc c’est à nous de prendre les devants pour contrer ces idées-là du mieux qu’on peut. »
A leur échelle, les passionné.es d’horreur ont participé à un mouvement plus vaste d’opposition politique et culturelle en ligne contre l’extrême droite. Dans un contexte français où les éléments de langage et thématiques de l’extrême droite se sont introduits chez les grands médias ou dans la bouche des nouveaux membres du gouvernement, cette levée de boucliers numérique semble une alternative de poids au discours ambiant.
“On n’est pas resté sur le côté de la route à regarder les choses se passer. On a participé activement avec les autres et c’est plein de petites voix comme ça qui font qu’on se fait entendre. “ me dit Amélie, avant de conclure “Moi c’est comme ça que je vois l’urgence de la situation. C’est que toutes les petites voix, elles comptent, et même la petite voix de Jumpscare, parce que finalement on est un tout petit podcast, à notre échelle”.
Lou Montesino
- https://www.instagram.com/lhorreurdudimanche/ ↩︎
- https://www.instagram.com/p/C8XXMq9sF7I/ ↩︎
- https://open.spotify.com/show/2bDfPGvJ9EHkhaTbJmvvGa ↩︎
- https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/170624/plus-de-300-personnalites-d-internet-appellent-se-mobiliser-l-histoire-nous-regarde ↩︎
- https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/legislatives-2024-la-mobilisation-des-influenceurs-peut-elle-jouer-un-role-dans-les-elections ↩︎
- https://www.youtube.com/watch?v=yz3ppDg8caQ&t=6307s
↩︎ - https://www.conseil-constitutionnel.fr/nouveaux-cahiers-du-conseil-constitutionnel/les-reseaux-sociaux-nouveaux-espaces-de-contestation-et-de-reconstruction-de-la-politique#ref-note-6
↩︎ - https://urbania.fr/article/les-celebrites-doivent-elles-avoir-une-opinion-politique ↩︎
- https://www.instagram.com/lhorreur_est_humaine/ ↩︎
- https://www.instagram.com/verynastystories/ ↩︎
- https://www.youtube.com/@Lecoindubis ↩︎
- https://www.youtube.com/@DemoisellesdHorreur ↩︎
- https://bonchicbongenre.fr/ ↩︎
- https://www.instagram.com/bloody_effy/ ↩︎
- https://www.rtbf.be/article/apres-des-injures-lesbophobes-au-bifff-le-festival-de-cinema-va-devoir-s-adapter-la-sonnette-d-alarme-avait-deja-ete-tiree-l-an-dernier-11359591 ↩︎
- https://www.instagram.com/lena_haque/ ↩︎






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