Un festival Nikon sous le signe de l’horreur ? C’est ce à quoi on était en droit de s’attendre au vu du thème de cette année, le nombre 13, en l’honneur de leur 13ème édition.
Une espérance qui a de quoi réjouir. La contrainte imposée par le festival d’un format vidéo de 2 minutes 20 invite à reproduire la simplicité d’une bonne histoire d’horreur, celles qu’on se raconte à la récréation ou celles qui font les meilleures nouvelles d’épouvante. Déjà l’année dernière un court métrage fantastique au fond angoissant avait remporté le grand prix du jury, alors présidé par Gilles Lellouche.
De la contrainte de la durée peut naître une liberté de ton, d’image, qui serait peut être beaucoup moins facile à tenir sur une heure et demi ou deux heures. C’est la force du langage du court métrage. Et c’est aussi un format beaucoup plus facile à partager et à consommer en ligne.
Compliqué aujourd’hui de ne pas tomber sur des pépites horrifiques en se promenant sur le Web qui tirent justement leur efficacité de leur format. Le court d’horreur est un genre qui s’est popularisé ces dernières années sur internet, avec un essor dans la fin des années 2000 et le début des années 2010, en parallèle avec l’explosion des creepypasta et des forums.
On a vu se multiplier les miniatures sombres sur youtube, avec un personnage qui nous regarde d’un air inquiet, des branches d’arbre sur fond d’orage ou encore une créature bizarre qui nous sourit…
En quelque plan on suspend son souffle, on se recroqueville devant son écran d’ordinateur, on sursaute sur sa chaise. Et les moins courageux réduisent la vidéo pour qu’elle devienne une petite fenêtre sur leur écran.
On se souvient du terrifiant “Lights out”, ou une jeune femme se retrouvait la proie d’une ombre qui n’apparaissait que quand elle éteignait la lumière. Encore aujourd’hui le court métrage nous tend, avec son travail sur le bruitage, très minimaliste lui aussi, et son rythme d’une efficacité folle. Il lui suffit de 2 minutes 30 pour vous donner vous aussi l’envie de vous blottir sous votre couette.
Adapté en long métrage en 2016, “Dans le noir”, pourtant porté par le même réalisateur David F. Sandberg, n’arrive pas à reproduire malgré quelques effets de style très malins l’immédiate angoisse de sa version courte. En changeant de forme et en s’étirant, le concept ne suffit plus.
Alors même si beaucoup de courts métrages peuvent servir de carte de visite pour les aspirant.es réalisateur.ices, on vient y chercher en tant que spectateur.ice un plaisir particulier. Avec ses propres codes, son côté parfois brouillon, parfois très avant-gardiste et parfois très simple. Et sa façon de raconter l’horreur à l’heure où les moyens de tourner peuvent se résumer à un téléphone et un micro permet un champ d’expérimentation immense.
Et en parlant de champs immenses, le Nikon festival nous propose une plateforme bien remplie.
Foisonnement d’idées géniales et/ou maladroites, le Nikon festival est un labyrinthe de propositions de 2 minutes 20 toutes plus différentes les unes des autres, et dans lequel il est parfois un peu compliqué de naviguer. A moins de se contenter d’aller regarder les films les plus vus ou les plus soutenus.
Bien connu des amateurs comme des professionnels, le festival de courts métrages a clos ses inscriptions en début d’année et annoncera ses 50 finalistes le 25 mars, sélectionnés par un comité présidé cette année par Alexandre Astier. Mais si ces derniers sont choisis par des professionnels, il existe également un prix du public dont les votes sont ouverts jusqu’au 10 avril.
Il reste donc moins d’un mois pour fouiller parmi les 2200 films en compétition.
Plus courte, la section horreur en contient elle 289, ce qui reste beaucoup, mais peut se visionner en quelques heures. Alors pour les besoins de cet article et peut être un peu par défi, je les ai tous regardés cette année les uns après les autres.
Le choix du nombre 13 ouvre la porte à de nombreuses interprétations : chance, malchance, référence biblique, superstitions… Une aura ésotérique entoure en tout cas la thématique, ce qui n’a pas échappé aux candidats qui nous en proposent un florilège d’interprétations plus ou moins originales.
Mais alors du coup, l’onglet « horreur » du festival ça donne quoi ? Circulant entre les références lourdes à Vendredi 13 et autres tueurs masqués plus ou moins efficaces, et des propositions vraiment originales avec ou sans moyens, voici une liste (subjective) des 13 courts métrages horrifiques qui m’ont le plus marqué ou intéressé parmi tous ceux de la plateforme.
De quoi constituer une porte d’entrée au milieu de ce grand rassemblement sans début ni fin, qui vous donnera peut être envie d’aller dénicher par vous même de prochain coup de cœur à suivre. Et surtout à soutenir.
- OEIL POUR OEIL
Dérangeant. L’idée de départ est très maligne parce que prétexte à un jeu très astucieux autour des bruitages. Les costumes sont super et l’esthétique globale est très bien pensée, feutrée et cotonneuse.
- SEUL SUR TERRE
Entre horreur et science-fiction, une approche originale du thème dans un glissement subtil vers la sorcellerie. L’actrice principale habite vraiment le film et ça change tout. Sans parler du message politique, touche finale qui résonne dans la pointe d’émotion mise sur les derniers mots.
- SAMEDI 14.

Le concept est simple et attendu, mais ça marche. Les acteur.ices sont chouettes, le décor rose bonbon installe une super ambiance visuelle. Ça reprend les bons codes au bon moment et ça en joue sans faire dans la sur-référence. Bref, c’est très plaisant à regarder.
- DES BONBONS OU UN SORT
Une fable amusante qui a pour cadre une maison québécoise située au numéro 13 et la fête d’Halloween. De l’importance de respecter certaines traditions, surtout les moins sacrées…
- THE FORTUNE COOKIE
Tout en jeu d’ombre et couleurs saturées qui viennent déformer le visage des comédiennes. On en montre et on en explique le moins possible, et ça marche très bien. Le jeu avec le thème est aussi très fin. Un beau mélange de références qui part d’un biscuit. Délicieux.
- ROOM13 (OLD ONE OMEN)

Voyage numérique halluciné, ROOM13 est fascinant et désorientant, en plus d’être une vraie performance technique. Peut être le court métrage le plus original de la sélection.
- UNE GENÈSE

Un peu facile et rappelant très fort un film sorti il n’y a pas si longtemps. Mais le cadre marseillais, le jeu autour de la nourriture et les acteur.ices rattrapent tout. Pareil pour le fil sanglant qui relie le début et la fin.
- 1 CONTRE 3
Joyeux et malicieux, on joue avec nos nerfs sur un rythme endiablé. Le concept est poussé jusqu’au bout vers un final jubilatoire. D’une efficacité folle.
- CHAIR
Le malaise grandit au fur et à mesure du film, et le rend tout du long de plus en plus écoeurant. Une fable végétarienne ? En tout cas une réflexion sur ce que l’on possède et ce qu’on consomme. Ou qui nous consume.
- IN CORPORE
Expérimentation esthétique, le film installe une angoisse croissante avec des jeux de lumière, de déformation, proche de la transe ou du cauchemar. Une proposition organique sur fond de petite musique entêtante.
- ÉCUMER LA MÈRE
Pas facile d’avoir treize ans quand on passe son anniversaire en mauvaise compagnie. On y traite encore de nourriture, ici saupoudrée de violence familiale (et symbolique). Le parallèle du titre fonctionne et l’effet final est esthétiquement intéressant. Une simple petite histoire de vengeance.
- THE 13TH SLICE
Un bijou. Le film part d’une idée absurde et la transforme en joli hommage à l’expressionnisme. Le tout est très bien réalisé, la lumière est parfaite, on a un beau et vrai noir et blanc… Tout ça au service d’une histoire de toast tueur. Aussi drôle que malin.
- LA MALÉDICTION DE MME GHISLAINE J.JOHNSON

Un titre à rallonge pour cet essai visuel sur fond de musique synthétique. Un soin beauté qui tourne mal ? Pour notre plus grand plaisir. Le rapport avec le thème est lointain, mais l’ambiance du court métrage vaut vraiment le coup. On s’enfonce petit à petit dans une folie douce aux allures de rituel. Le plus sanglant.
Et nous voilà au bout de la liste. Je rajouterais en mention honorable et pour échapper à la dernière minute à l’éventuelle malédiction du nombre treize le film ANNA ET L’ASSASSIN, qui ne rentre pas vraiment à mes yeux dans la catégorie horreur, mais dont l’approche par rapport au thème est vraiment originale et qui à pour actrice principale Emmanuelle Laborit, comédienne sourde et directrice de l’IVT (théâtre et centre de ressource pour la culture sourde et la LSF).
Il ne reste que 26 jours avant la clôture des votes, donc n’hésitez pas à aller faire un tour par vous même sur le site du festival : https://www.festivalnikon.fr/
En attendant le thème de l’année prochaine (dont j’espère secrètement que ce sera les chats noirs).
Lou Montesino





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